Alain Paris

 Display in english

Accès rapide :
Collages

Alain Paris - Accès à la galerie

Entretien avec Régis Michel, journaliste

Avant d'évoquer Alain Paris et de situer son travail dans le champ de la photographie, il me faut, semble-t-il, nous mettre d'accord sur ce qu'elle est. Qu'est ce que la "photographie" ? Un art, un média, un simple outil ? Voilà un inépuisable sujet de réflexion. Sa stricte définition ne suffit pas en tout cas à circonscrire cet art de la temporalité.
 
Dans le Petit Robert, page 1426 il est écrit : "Photographie : procédé, technique permettant d'obtenir l'image durable des objets, par l'action de la lumière sur une surface sensible". Foutaîses ! Elle est bien plus que cela voire tout autre chose.
En 1990, j'ai réalisé pour la télévision un court reportage sur l'école photo Ventilo qu'Alain Paris, justement, avait créée dans le petit village de Kafountine en Casamance. A cette occasion nous avions interrogé les anciens du village réunis sous l'arbre à palabres. Aucun ne nous a bien sûr donné cette définition. Tous ont en revanche évoqué l'aspect magique voire maléfique de l'appareil photo et des clichés pris par les premiers blancs de passage dans leur village, 50 ou 60 ans auparavant. C'est "la photo qui vole les âmes !", instrument des marabouts toubabs ("blancs" en wolof) destinés à nuire aux indigènes désarmés. Voilà, c'est cela, la photo : un gri-gri ! De la magie ! Magie noire, magie blanche ? Les deux mon adjudant ! C'est de la magie en Noir & Blanc ! Etrange ! Comment un photographe peut-il donc créer quelque chose ? Non pas en inventant mais en "regardant" autrement. La photographie, c'est donc ça : regarder autrement ce que l'on voit !

Or les contraintes imposées sont immenses et le champ des possibles limité. Le photographe ne peut fixer autre chose que la réalité ! Elle seule pénètre dans son objectif avant d'imprimer sa pellicule ou d'agiter les méga-pixels de son boitier numérique. Son talent, s'il en a, est de jouer avec cette réalité, jusqu'à la dénaturer parfois. Avant d'évoquer le travail d'Alain Paris, il me fallait donc préciser ces quelques règles et rappeler que, malgré les apparences, la photographie est un art des plus difficiles et remarquables.

Alain n'est pas un "reporter-photographe". Son souci est de voir et non de rendre compte. De voir "autrement" la réalité, de la voir "mieux" mais jamais de la reproduire. Ceux qui l'ont vu officier se sont sûrement amusé du sourire qu'il arbore à chaque prise de vues. C'est à croire qu'il se rince l'oeil à cet instant ! Il y a en effet de la jouissance dans ses actes photographiques et elle ne procède pas seulement de la beauté de ses modèles.

Alain n'est en outre ni fétichiste ni obsédé par l'outil. Seul le résultat compte ! Il peut "shooter" au Leica, au moyen format comme au dernier compact numérique sorti. Nombre de ses clichés ont d'ailleurs été réalisés au Minox ou à l'Hexar. Le boitier n'est pour lui qu'un accessoire. Comme le pinceau pour le peintre, il ne peut être le but même de son exercice.

En fait, Alain n'est tout simplement pas photographe. Comme il se plaît à dire, il "fait seulement de la photographie". Car à l'implacable technique du professionnel, il allie la joie première du "dilettante". Ce mot d'origine italienne, participe présent du verbe dilletaro, signifie "délecter", et désigne donc "celui qui s'adonne à un art par plaisir". Trente ans après ses premiers clichés, Alain n'a pas épuisé ce plaisir-là.

Plaisir de l'art photographique ou plutôt de l'art "photografrique". Car Alain PARIS n'a de cesse de mettre ce continent en images. Ses productions, Studio de Brousse, Seetsi, Mirages noirs sont en effet les divers reflets d'une même passion pour un monde qui le fascine et l'émeut à la fois. Très vite, Alain s'est pourtant détourné de la terre africaine pour n'en regarder que ses habitants. Comme un cinéaste sait qu'un décor peut être de carton-pâte, Alain pressent, lui, que la savane ou la forêt vierge africaines altèrent le regard que l'on porte sur les individus. La beauté des paysages du continent n'égalera jamais, pour lui, celle de ses hommes et surtout de ses femmes.

D'un séjour au Sénégal ou au Burkina, il peut ne ramener qu'un ou deux "rouleaux" et de ses nombreux voyages sur le continent noir, il n'a rapporté qu'une dizaine de photos de paysages, de fêtes traditionnelles ou autres instantanés "exotiques". Depuis 1989, sans interrompre ses voyages, Alain s'est en fait enfermé en studio pour "shooter" son Afrique.

Celle-ci n'est pas "l'Afrique fantôme" de Michel Leiris. Elle n'est pas celle des ethnologues, des poètes, des journalistes ou des tiers-mondistes. Elle n'est ni moderne ni ancestrale, ni pauvre ni corrompue, ni gaie ni triste. Ses images n'ont pas l'exotisme troublant de celles d'un Peter Beard ou d'une Mirella Ricciardi pas plus qu'elles n'ont la richesse informative des photos d'un Raymond Depardon ou d'une Françoise Huguier. Ceux-là ne se contentent pas de photographier l'Afrique, ils nous informent sur elle. Ce n'est pas le souci premier d'Alain. Les paysages, les troupeaux d'éléphants, les famines ou les guerres l'ont séduit ou ému comme nous tous mais ces choses-là ne sont hélas pas, à proprement parler, "endémiques". Ce qu'il nous montre de l'Afrique est réellement unique. Bien modestement et très subjectivement, il essaie de nous en révéler la seule beauté. Celle de ses femmes, dont il nous montre les regards, la peau, les mains, les muscles... Qui avait montré tout ça avant lui ? Et surtout qui l'avait vu ?

Oui, l'Afrique d'Alain, est unique. Elle est femme, mère ou maîtresse, nue, étrange et sensuelle. Avec Mirages Noirs, il nous donne en fait à voir ce que l'Afrique a sans doute de plus beau et de plus évident mais que nul ne saurait décrire. Un ventre. Celui fécond d'une mère ou peau tendue d'une danseuse ? Des mains. Celles d'une princesse Ashanti du Ghana ou d'une paysanne Diola de Casamance ? Une nuque. Celle d'une guerrière amazone du Congo ou d'un mannequin parisien ? Souplesse des corps, franchise d'un regard, pureté brute de l'Afrique à laquelle nous renvoient ces "Mirages Noirs"...

Alain n'est pas un simple "amoureux" de cette terre. Plus que d'autres, il la vénère et la défend. Chacun de ses clichés est une invite au voyage et son oeuvre en dit plus long, à mes yeux, que nombre d'ouvrages consacrés au continent. Véritable amant d'une Afrique-femme qu'il a enfermée dans sa chambre noire, il nous invite à ne voir que sa beauté et milite, à sa manière et mieux que d'autres peut-être, pour sa survie.

 
© Les oeuvres d'Art présentes sur Artabus sont soumises aux dispositions des différentes législations nationales et internationales sur la protection des droits d'auteurs. Toute reproduction ou utilisation des oeuvres de cette galerie est interdite sans autorisation écrite de l'artiste contemporain Alain Paris.
[ Infos légales | Qui sommes nous | | Calibrage écran | RSS | Administration Salesforce ]