Med Bachir Bouchriha

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Constantine
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Une interview exclusive

Peintre figuratif

Artabus : Vos débuts, quel a été le déclic, qu’est-ce qui vous a incité à peindre ?
Med-Bachir : Fils unique d’une famille modeste de Constantine. Enfant, j’avais déjà ce goût de la liberté et l’envie d’aller au bout de mes rêves. Le mien était de devenir peintre. Je dessinais tout ce qui me passait sous les yeux, j’inventais toutes sortes d’objets. Dans ma solitude, j’éprouvais le besoin de m’évader dans un monde imaginaire.
Les années passaient et je n’en démordais pas. Adolescent j’ai eu la chance, grâce au précieux concours de mon professeur de dessin au collège technique, d'entrer à l’école des beaux-arts de constantine, et rencontrer R.M.Debat directeur et professeur de l’école, qui marqua mon existence de peintre. Puis des études à l’institut des sciences géodésiques, aux quelles il fallait s’accrocher pour sortir, enfin, Géomètre du cadastre.
C'est grâce à mon aptitude à forcer la chance, que j’ai pu conduire cette double carrière à force de travail et d’opiniâtreté.
On ne décide pas un jour, d’être peintre. On porte la peinture en soi.

Artabus : Quelles on été vos références, qui sont vos maîtres ?
Med-Bachir : La renaissance Italienne, les Orientalistes. Plus tard, je suis allé à Paris. J’ai été très ému devant les tableaux des Impressionnistes. Ce fut aussi la découverte de l’expressionnisme abstrait, qui m’a beaucoup choqué et déprimé au début. Mais l’important pour moi, était de voir le plus de peinture possible, de la digérer. La fréquentation des musées est inévitable pour qui aime la peinture.
Mon maître : Roger Marius Debat : (Constantine : 26 juin 1906 - La Napoule : Alpes-Maritimes 1966). J’ai consacré dix ans de ma vie auprès de ce maître. J’ai tout appris en le regardant peindre. Il m’enseigna le dessin, la perspective, la composition d’après nature, toutes les lois de la couleur et les effets de matière. C’est à lui que je dois l’éducation de mon œil. J’acceptais ses exigences et son incorruptibilité en matière de travail. Ensemble nous plantâmes nos chevalets devant le monument aux morts, les ponts… La transmission se fût héritage de lumière, de sensibilité aux couleurs claires pour capter l’instant. Les débuts étaient difficiles je l’avoue, car je manquais d’audace, mais, j’ai fini par oser certains gestes après l’avoir vu les faire. Après on doit trouver son propre vocabulaire. Mais il faut beaucoup de volonté et de courage pour cela.
La peinture est un plaisir, quand tout vient très vite.

Artabus : Est-ce que l’on peut considérer Constantine comme le fondement de votre peinture ?
Med-Bachir : Constantine est ma grande inspiratrice. Je me sens en symbiose avec elle et m’en imprègne pleinement et totalement.
Constantine, ma ville natale, ou « Cirta », la cité antique, qui a marqué pendant des millénaires l’histoire de l’humanité. Elle a contribué à l’enrichissement du patrimoine universel par sa profondeur historique dans toute sa dimension civilisationnelle. Véritable carrefour des civilisations méditérranniènes marquées par l’empreinte des Numides, Romains, Byzantins, Arabo-islamiques, Ottomans et l’arrivée des Français en 1837, qui lui imprimeront un cachet européen.
Perchée sur le haut d’un rocher t’elle « un nid d’aigle ». Elle s’offre en musée naturel, embelli de main de maître sur un fond de vestiges historiques et architecturaux qui fond d’elle une « œuvre humaine exceptionnelle ».
Ma paix intérieure trouve un écho dans les profondeurs de ses gorges, le clapotis du Rummel, le passage gracieux d’un couple de pigeon, au-dessus de la cime du majestueux pont « Sidi M’cid ». C’est là que je puise mes sujets, pour manifester ce désir de saisir sur le vif, l’impalpable, la fugitive lumière et d’imprégner l’œuvre peinte de la subtilité de l’air en lui insufflant les palpitations de la vie. L’air, l’eau, le ciel, la roche et la lumière tiennent une place prépondérante sur l’ensemble des toiles exposées.

.:: Rue Thiers


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Artabus : Techniquement comment sont réalisées vos œuvres : sur place, d’après photo ou selon votre imagination ?
Med-Bachir : Un sujet ne se traite pas d’après photo ! Car la photo en quelque sorte est déjà une traduction du réel, elle résume le sujet par trame en quelques milliers de points de couleurs. Le peintre ne peut s’en contenter, ce serait renoncer a sa vocation d’artiste qui consiste à interpréter et filtrer le réel, mais la photo servira éventuellement à nous rappeler quelques petits détails et les clichés de mémo en cas d’oubli.
Oui ! Je travaille sur place et d’imagination. Ma démarche est assez proche de celle des impressionnistes et puis, le travail en extérieur me plait beaucoup par ce que le sujet est abordé directement d’une manière spontanée et fugitive. Mes croquis sont toujours exécutés à l’aquarelle sur du papier « Arche » de format A3.
L’aquarelle est un bon médium. Oui, associée à l’eau, elle devient capricieuse, instable, quelques fois surprenante imprévisible. Avec le pigment, l’eau fait ce qu’elle veut. Il faut de la subtilité, de la rapidité dans l’exécution.
En fait, la technique de l’aquarelle s’apparente au croquis elle est sa complémentaire d’autant plus que le dessin représente la moitié du travail. Le reste représente deux tiers d’observation et un tiers d’exécution. La maîtrise des couleurs à l’aquarelle permet d’avantage de liberté dans l’expression et on peut aller plus loin dans l’audace et ne demande aucun matériel spécial pour le transport à l’extérieur.
Une fois arrivé sur place, je fait un tour d’horizon, je regarde, je cadre mon sujet mentalement et moi seul peut fixer le choix de l’instant. « la raison d’être de l’art, n’est-elle pas de choisir ? » Puis je m’installe en position de méditation et la magie de l’instant opère. En plein air devant le site, je ressents une sorte de symbiose au contacte de cette nature si pure et mystérieuse. Cette beauté, ce pittoresque qui exalte, impressionne, et qui émeut, comme si on écoutait la musique de J-Sebastien Bach, si mystique et spirituelle. Je me sens alors très créatif, ce sont ces moments de grâce que je cherche à transmettre.
Par un dessin très construit, je fixe les lignes les masses et les accidents du paysage, au début pas d’improvisation, toute la structure est là, une fois dans mon atelier. Commence alors le dialogue avec la surface blanche, c’est une période de gestation : Je m’écoute, je deviens mon propre spectateur, mon propre juge.
Et les yeux remplis de la vision du site ils n’en oublient plus rien, car le tableau est fixé sur la rétine, je recréé ce que j’ai vu à travers l’émotion qui se prolonge en moi transposant selon mon tempérament des tons justes marquant les effets de lumière initiatrice des valeurs et qui donnent à l’œuvre sa peau : Le brillant, le mat, le lisse, le rugueux … Sans oublier sa corollaire, l’ombre bleutée qui indiquent les rapports des valeurs.

.:: Monument aux morts

Artabus : Par quelle magie arrivez-vous à donner vie à vos tableaux qui invitent aux voyage ?
Med-Bachir : Je peints selon l’inspiration, la réflexion, l’humeur du moment, ce que ma mémoire a retenu de la nature : L’espace et la lumière.
Il n’y a jamais eu de recette pour faire une belle peinture : il faut en faire et en faire... voilà le secret. La peinture a dit, Delacroix : « C’est l’art de produire l’illusion » c’est bien vrai. Produire l’illusion du réel en peinture nécessite un métier charpenté. La technique s’avère nécessaire. Tous est exigé du peintre, rien ne doit lui rester étranger : Maîtrise des perspectives, des valeurs, des couleurs, connaissance de la composition etc...
Lorsque la machine du métier est rodée, il faut privilégier le chemin de la sensibilité et de l’esprit. Car, la spontanéité subjective n’est pas contradictoire avec les acquis techniques. Elle implique une réflexion sur la couleur et les gestes qui les posent, afin de contrôler la part du hasard. L’expérience augmente les moments de méditations et d’exécution. Autrement- dit : Le dessin est une première analyse, la mise en place des couleurs et des valeurs, en est une autre. Cette dernière est déterminante puisqu’elle contrôle l’harmonie colorée. Le but c’est d’arriver à décomposer le croquis (réalisé à l’extérieur) puis à clarifier son travail, sinon on risque de se perdre, car le passage de l’aquarelle à la peinture à l’huile s’avère difficile. Quand je travaille, le temps ne compte plus, il m’est arrivé souvent de rester trois à quatre mois sur une même toile. Ma peinture prend du temps, la finir est toujours une lutte contre le temps, et on est fier de cette lutte.
C’est un processus délicat, qui procure du plaisir, de l’évasion, l’imagination et le rêve, qui me guideront avec le souhait toujours renouvelé de voir se dégager ce quelque chose qui ressemble à l’âme de l’artiste, comme un souffle de poésie.

Artabus : Somme-nous tous doués pour la peinture ?
Med-Bachir : Non, je ne crois pas. Je pense même que les vrais peintres sont rares, contrairement à ce que la plupart pensent ; La peinture n’est pas un divertissement, c’est un choix d’accepter une initiation longue, pénible, souvent rebutante, mais toujours passionnément saine et féconde, pour se convertir à la religion de la beauté sublime des formes et des couleurs du monde, qui donne aux vrais peintres tout le sens de leur vie. La peinture c’est d’abord un métier, puis, une forte personnalité, mais c’est cette dernière qui transcende le métier. Mais, quand on n’a pas de métier, on est naïf. Faut-il encore avoir les deux ? On peut toujours prendre des cours… Mais on ne deviendra pas forcément un grand artiste pour autant. C’est comme à l’école, l’élève apprend beaucoup de choses. La plupart ne lui serviront jamais, mais l’acquisition de ses notions lui permette d’être libre et lui donne les moyens de motiver ses options. Pour ne pas faire certaines choses par choix, et non par manque de métier.
La ligne et la couleur sont toujours restées rebelles au réflexe qui les fera poser exactement comme les voit l’esprit. C’est ce réflexe qu’il faut obtenir pour être sincère. La sincérité étant une condition essentielle, son réflexe sera le talent.

.:: Le Passage

Artabus : Selon de nombreux avis vous faites l’unanimité, comment gérez-vous votre succès ?
Med-Bachir : J’avoue que cela me ravi, me rassure, m’encourage et me permet aussi d’aller encore plus loin. Je suis de ceux qui se mettent en questions à chaque toile, m’interdisant le succès facile ou à tout prix, croyez-moi, je suis très exigeant envers moi-même. J’ai toujours le trac devant une toile blanche, c’est dur, car, je n’ai ni la satisfaction des choses, ni le sentiment de connaître. Il est vrai que je m’exprime à travers un ensemble d’éléments plastiques et de signes émanant d’un état d’âme à la fois sensible et émotionnel, mais cela ne m’empêche jamais de remettre en cause ce j’ai fais. Mon estime va vers les peintres osant se remettre en questions à chaque toile. Je suis un artiste, un idéaliste. Je vois la vie avec réalisme et seulement rêver face à mon œuvre.

Artabus : Qu’elle serons vos prochaines étapes en terme de carrière artistique ?
Med-Bachir : « Ars longa vita brevis » (l’art est long, la vie est brève) dit : l’adage romain. Depuis plus de trente ans de peinture, de sculpture... Je suis passé par plusieurs expériences et tendances. Autant d’année de travail, de recherche. Autant de tentatives. Mais je n’ai jamais cessé d’apprendre, d’acquérir les métiers, c'est-à-dire : l’expérience indispensable pour bien faire toutes choses est d’accumuler les connaissances et les techniques.
Pour moi, le plus important est de créer un monde dans lequel se passe beaucoup de choses. Quand on a de la technique, un style, on peut tout faire, le répertoire devient infini. Et mon ambition est de faire toujours, quelque chose d’honnête.

Artabus : Que pouvez-vous nous dire, sur votre palette, les produits que vous employez pour vos tableaux. Etes-vous concerné par le passage du temps ?
Med-Bachir : Permettez-moi d’abord de vous dire ; qu’un tableau est une sculpture en bas-relief. Toute trace de pinceau sur sa surface accroche la lumière comme un joyau. Mais si cette trace disparaît. La lumière n’est plus là.
Bien sûr, que je suis impliqué, car je sais, comme tout le monde : avec le temps les vernis jaunissent par oxydation, les bleus tourne au vert, les rouges virent à l’orange et que les blancs jaunissent… les ennemis de la peinture sont connus : La fumée, l’humidité, les moisissures, le tabac, toutes les vapeurs et les odeurs pénétrantes. La qualité de la matière employée, l’ignorance des réactions chimiques entre les couleurs, sont les causes les plus courantes d’auto destruction des tableaux.
Seul les couleurs minérales sont solides pour la plupart, et ne passant pas à la lumière. Et la chimie d’aujourd’hui en a reconstitué quelques-unes en produit de remplacement à cause de leur rareté et de leur prix élevé (Lapis-lazuli : bleu outremer. Cinabre : vermillon)...
Ma palette de base se compose : Du blanc d’argent, Jaune de cadmium, Ocre jaune et rouge, Terre de sienne naturelle et brûlée, Vert émeraude, Bleu outremer et cobalt, Rouge vermillon, et enfin la laque de garance : la seul couleur végétale sur ma palette, fine et très solide. Elle sert pour les glacis.
Je prépare moi-même deux types de medium : le premier composé d’huile d'oeillette, de térébenthine et une goutte de siccative. C’est un médium plus dilué, est élaboré pour les premières couches. Le seconds : composé d’huile de lin clarifiée de térébenthine et une goutte de vernis au dammar. Ce médium enrichit et approfondit la peinture, surtout dans les zones d’ombre.
Chaque pinceau correspond à une surface, à une touche. Il existe des souple des carrés des ronds des longs des fins... martre rouge et mangouste. J’emploie les couleurs « Le franc&Bourgeois ou Windsor&newton » Et les pinceaux « Raphaël ». Qui, à mon avis, son de bonnes qualités. Je travaille toujours sur de la toile de lin ou sur du contrecollés de 20/10°, bon pour le travail au couteau.

.:: Méharistes


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.:: Le choix des couleurs

Artabus : Un dernier mot en guise de conclusion.
Med-Bachir : IL EST VRAI, que nous sommes au siècle des technologies. Les techniques et les matières utilisées dans l’industrie des couleurs synthétiques sont nombreuses et multiples.
IL EST AUSSI VRAI, qu’on peut très bien réaliser un tableau, quelque que soit son thème, avec une bonne ou mauvaise matière, selon un bon ou un mauvais emploi. Mais si ce tableau est réalisé avec de bon produit selon un emploi conforme à leur nature.
IL SERA ENCORE VRAI, que les générations futures auront encore le plaisir et la joie de le contempler, au lieu de n’avoir que la satisfaction de posséder une signature.

 
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