Aldéhy

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Morelus Antonia Chatillon

2001, Odyssée de l'espèce

L'artiste est un magicien, il passe dans la vie comme dans un songe et sous ses pas naissent d'étranges prodiges...

Unjour de printemps 1998, toute une classe de collégiens s'est ainsi trouvée projetée dans une dimension inconnue de l'hyper Espace-Temps. Alors qu'ils assistaient à un cours de dessin donné par Aldéhy, leur professeur d'art, tous ces jeunes, vingt-cinq au total, ont subitement ressenti une sensation étrange: comme dans un poème de Prévert, les vitres sont redevenues sable, les murs sont redevenus pierres, le papier est redevenu arbre ... et chacun s'est trouvé tout à coup entouré de figures mythiques venues d'un autre âge à la fois lointain et bizarrement familier.

Avec Aldéhy le charme avait opéré; d'un coup de pinceau, il avait ouvert les portes hermétiques du Temps et rendu possible l'impossible: ces quelques spécimens de la jeune génération, robustes athlètes prêts à bondir dans le troisième millénaire, se sont trouvés bien malgré eux entraînés dans un vertigineux compte à rebours qui leur a fait revivre l'odyssée de l'Humanité depuis l'apparition de l'Homme sur la terre jusqu'à nos jours.

Le plus illustre des poètes, Homère, a décliné en vingt-quatre chants le périple de son héros voyageur, Ulysse, légendaire roi d'Ithaque. C'est en vingt-cinq tableaux qu'Aldéhy , peintre-explorateur, embarque pour son Odyssée à travers l'Espace-Temps; suivons donc le peintre et les enfants, perdons nous avec eux dans les méandres du grand fleuve qui traverse les monts rocailleux et les vertes vallées de l'Histoire humaine...

Dès le départ de notre voyage nous voilà déjà perplexes: de qui sommes-nous les fils? Qui devons-nous adorer comme notre mère? Eve ou Lucy? La Belle ou la Bête? L'une nous tourne le dos, dérobant à jamais le mystère de son visage, tandis que l'autre nous regarde avec une assurance tranquille, donnant en offrande la rondeur douce de son sein. Le jardin d'Eden et ses fruits défendus ou l'Afrique sauvage des chasseurs primitifs? Où devons nous situer nos premiers pas? Si la question nous angoisse, elle ne semble pas entamer l'humour du peintre et de ses compagnons de voyage: le couteau à éplucher placé dans la poche d'un Adam malicieux, la joie qui éclate sur le visage de l'adolescent complice de Lucy - Lucy la lumière! - viennent nous rappeler à temps que la vie est une chose bien trop importante pour être prise au sérieux.

Comme Ulysse perdu dans les demeures souterraines d'Hadès, nous voyons peu à peu surgir une multitude de héros... ils apparaissent le plus souvent sur le fond obscur d'un ailleurs brumeux: savants géniaux, hommes politiques, généraux glorieux, reines altières ou demi-dieux... ils sont tous là, parfois figés dans une pose hiératique tels que la mémoire collective nous les désigne. César, par exemple, le bras levé pour l'éternité, continue à saluer des cohortes de fantômes, ébloui de sa propre gloire, couronné des lauriers du vainqueur, il ne s'est même pas aperçu que le soldat qui s'appuie avec tant de familiarité sur son épaule est un jeune barbare venu d'un autre monde!

Mais tout périple comporte son lot d'épreuves: l'Humanité, sur sa longue route, a dû combattre des monstres, lutter contre des tempêtes, éviter des écueils... en a-t-elle frôlé des précipices et des naufrages! Aussi devant certains tableaux restons nous comme Persée devant Méduse... Comment regarder sans sursauter ce portrait d'un Hitler décontracté, souriant comme un jeune premier, un bouquet printanier à la main ? ... Le tyran a laissé au vestiaire l'habituel uniforme, il se présente à nous vêtu d'un polo à rayures noires et jaunes qui n'est pas sans rappeler la livrée de la guêpe ou du frelon, insectes dont le dard acéré injecte un poison douloureux et souvent mortel.. Le bouquet de narcisses qu'il nous tend en dit long sur les relations qu'il entretient avec son ego. Les prendrons nous ces fleurs qu'il nous offre avec tant d'affabilité? La jolie petite brune, juste à côté de lui, les a refusées, elle semble se voiler la face avec désespoir; aurons nous la force, nous aussi, de résister à la tentation ? Devant le rivage jonché d'ossements de l'île des Sirènes, Ulysse avait fui. Comme lui, craignant pour nos vies et pour celles de nos compagnons, passons notre chemin !
Dirigeons nous plutôt vers les contrées harmonieuses et paisibles de la musique avec le jeune Mozart ... L'enfant prodige, qui a toujours refusé de grandir, nous ouvre les portes d'un monde merveilleux dans lequel le chant magique de la flûte éloigne à jamais le spectre de la mort et les flammes de l'enfer... Pourquoi ne pas le suivre ? Pourquoi ne pas nous laisser guider encore par Léonard de Vinci, le génie florentin ? D'un coup de plume ou de pinceau, l'enchanteur tire de l'ombre (ou de la lumière ?) un visage d'ange, un tournebroche mécanique, une machine volante, une vierge au sourire mystérieux. une ville idéale, un cheval fou... «Ne pas estimer la vie, toute la vie, c'est ne pas la mériter»; cette phrase qu'il avait coutume de répéter, il l'enseigne maintenant à l'adolescent qui a traversé le temps pour le rencontrer.

De cette Odyssée mouvementée à travers les paysages vallonnés de l'Histoire humaine, nous ne sortons cependant pas tout à fait indemnes. Une réflexion s'impose devant la dualité de notre espèce, capable du meilleur et du pire. Un jour peut-être - en 3001 ? en 4001 ?- un lointain descendant d'Aldéhy aura l'idée de peindre lui aussi « l'Odyssée de l'espèce». Quelle image, quelles figures retiendra-t-il de notre époque ? Qui sommes nous exactement ? Héritiers d'Eve et de Freud. de Descartes et de Marx. d'Hitler et de Moïse, le fardeau est souvent bien lourd à porter!

Dans la « Légende des siècles » en 1860, Victor Hugo, poète visionnaire, imaginait ainsi le vingtième siècle:

Où va-t-il ce navire ? Il va de jour vêtu,
A l'avenir divin et pur, à la vertu,
A la science qu'on voit luire,
A la mort des fléaux, à l'oubli généreux,
A l'abondance, au calme, à l'homme heureux ;
Il va ce glorieux navire,

Au droit, à la raison, à la fraternité,
A la religieuse et sainte vérité,
Sans impostures et sans voiles,
A l'amour, sur les coeurs serrant son doux lien,
Au juste, au grand, au bon, au beau ... Vous voyez bien
Qu'en effet il monte aux étoiles !

Baissons maintenant la tête et contemplons le monde qui nous entoure, le monde que nous avons fait : injustices, guerres ethniques et religieuses, pollution, massacres, misère, corruption.. . le tableau se passe de commentaires.
Selon Nietszche « Nous avons l'art pour ne pas mourir de la vérité ».
Ne nous reste-t-il désormais que cette solution pour éviter le naufrage ?

Annick MERLIN décembre 2000/août 2001

 
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